Henri
Jublot vers 1950
Blanche
Forest vers 1930
Usée par des années de solitude,
Recroquevillée dans une chambre sans âme,
Ton fauteuil près de la fenêtre,
Ton regard perdu dans un passé lointain,
Le silence, compagnon de tes journées sans fin,
Tu attends.
Des garnements galopant dans la triste résidence,
Ces enfants qui t’ont tellement manquée.
Ces guirlandes accrochées aux carreaux sont pour toi,
C’est un peu plus de Noël, un peu plus de lumière
Pour éclairer la transparence de tes yeux si clairs.
Tu attends.
D’aussi loin que l’on se souvienne, tu es là,
Discrète et prévenante.
Ris
Orangis
A la petite table de ta minuscule cuisine,
Tes pensées s’envolent de l’autre côté de la rue.
Tu attends.
Henri
et Blanche Jublot Ris-Orangis 1948
De son Haut Berry, il avait tardé à venir,
Ce grand moustachu aux larges épaules
Quelques années heureuses puis…
Pendant quatre ans, l’ennemi te l’a ravi.
Tu attends.
Henri le clown, Henri le blagueur,
Henri et ses casiers en bois,
Henri , son camion et son chien Tino,
Henri qui nous hissait derrière la caisse
Henri qui nous coursait dans le jardin.
Fatigués de nos parties dans les herbes folles,
Blanche
et petits neveux 1985
Attablés dans la cuisine ripolinée mauve pâle
Devant une mousse au chocolat, bien sages…
Blanche s’empressait de nous servir,
Henri préparait sa potion magique :
Fromage blanc, poivre et ciboulette.
Fascinant pour des enfants !
La terre d’aventure sombre et mystérieuse
C’était bien la boutique sur le devant.
Bouteilles et bocaux alignés comme des soldats
Sur les étagères de bois foncé.
La récompense tant méritée :
Une lichette de gruyère coupée à même la meule.
Blanche, nous étions tes enfants,
Ton désordre et ton avenir !
Henri et toi, vous nous avez tant aimés,
Soyez-en remerciés, à jamais !
Dominique Fortin 1999